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Dès 1510, la villa voyait le jour au milieu de jardins, le long du Tibre, suivant les plans de Baldassare Peruzzi, tandis que de célèbres artistes tels que Raphaël, Sebastiano del Piombo et Le Sodoma en assuraient la décoration intérieure. Les témoignages des nombreux contemporains qui parvenus jusqu’à nous s’accordent à en louer le raffinement qui célèbre un humanisme triomphant et la magnificence des réceptions qui s’y tenaient.
La mort d’Agostino Chigi devait mettre un terme à cette période de faste : dès 1526, la villa et ses jardins sont livrés à l’abandon, tandis que le patrimoine d’inestimable valeur qu’ils abritaient- mobilier, statues, ¦uvres d’art...- se trouve dispersé et vendu. Lors du sac de Rome en 1527, la villa continue à être livrée au pillage et est même très certainement occupée par des soldats.
Il faut attendre 1577 et le rachat de la villa par Alexandre Farnese pour que soit entreprise une première série de restaurations. L’histoire de la prestigieuse demeure n’en demeure pas moins mouvementée, puisqu’elle passe ensuite aux mains des Bourbons avant de devenir la propriété du Royaume des Deux - Siciles. Elle ne bénéficie pas pour autant de soins particuliers et n’est réellement sauvée de la ruine qu’à la fin du XIXème siècle lorsque l’Espagnol Bermudez de Castro di Ripalta en devient le nouveau propriétaire, même si les restaurations qui ont alors lieu ne seront pas sans avoir des conséquences malheureuses ! Certains revêtements d’origine ont ainsi disparu et l’agencement même de certaines pièces a été modifié.
En 1927 enfin, la Farnesina est acquise par l’Etat Italien : entre 1929 et 1942, l’Académie d’Italie y installe son siège et y entreprend une longue série de travaux de restructurations et de restaurations diverses.
La villa s’organise essentiellement sur trois niveaux : un rez-de-chaussée, considéré comme l’étage noble comprenant les salles de représentation ; un premier étage réservé aux chambres à coucher et aux cabinets de travail et une seconde mezzanine ( dite aussi attique).
L’entrée actuelle n’est pas celle d’origine : elle ouvrait jadis sur le " jardin secret " tandis que l’accès principal de la villa se faisait par la Loggia de Psyché. Celle-ci s’inscrivait d’ailleurs dans le prolongement direct des jardins, afin d’instaurer un lien harmonieux entre les architectures, celle des compositions végétales des jardins et celle à proprement parler de l’édifice. La loggia était d’ailleurs initialement ouverte et elle ne fut fermée qu’à la moitié du XVIIème siècle.
Un sentiment d’harmonie, qui constitue une valeur chère aux Humanistes de la Renaissance, se dégage d’ailleurs de l’ensemble de la villa qui demeure un bel exemple de classicisme, même si en rompant avec une certaine rigueur spatiale, elle annonce l’architecture plus complexe des siècles suivants. Les thèmes des décorations intérieures, essentiellement mythologiques et astrologiques, sont en revanche résolument classiques et traduisent la passion que les intellectuels et les artistes d’alors nourrissaient pour l’Antiquité .
Il est aujourd’hui possible d’en découvrir principalement quatre salles :
- La salle de Galatée
- La loggia de Psyché
- Le salon des Perspectives
- La salle des Noces d’Alexandre et de Roxane
La salle de Galatée

Salle de Galatée.
(c) Instituto Poligraphico e zecca
del stato
Cette salle tient son nom de la fresque que Raphaël y a réalisée ( en 1512- 1513), même si Peruzzi et Sebastiano del Piombo en avaient commencé la décoration, dès les années 1511- 1512, en peignant respectivement la voûte et les lunettes. Les peintures des parois sont plus tardives puisque du milieu du XVIIème siècle.
Malgré l’intervention de ces différents artistes porteurs de styles spécifiques, la voûte offre une vision harmonieuse car elle dépend de la relation initiale que Peruzzi a voulu instaurer entre peinture et architecture. Sa propre décoration de la voûte fait pareillement s’interpénétrer les thèmes : à chaque épisode mythologique sont rattachées des significations astronomiques et astrologiques. Surtout, la situation des constellations ainsi représentée entend reprendre l’horoscope d’Agostino Chigi lui- même !
Nombre des épisodes mythologiques sont issus des récits d’Ovide, dont certains sont aisément reconnaissables : L’Enlèvement d’Europe par Jupiter ( sous la forme d’un taureau) ; Léda embrassant le cygne ( sous l’apparence duquel se dissimule, une fois encore, Jupiter) ; L’Enlèvement de Ganymède , par Jupiter toujours, transformé cette fois en aigle...
La voûte achevée, Sebastiano del Piombo intervient : formé à l’Ecole vénitienne, ses travaux à la Farnesina constituent sa première ¦uvre d’importance à Rome. On lui doit en effet les peintures des lunettes qui témoignent de ses influences vénitiennes en particulier pour ce qui touche aux couleurs, à leur limpidité et à leur vivacité. Comme Peruzzi, il puise son inspiration dans les Métamorphoses d’Ovide ; d’où les représentations des mythes de Dédale et Icare ou encore d’Agraulos et Hersé.
Une seule lunette ne contient pas de sujet mythologique, mais une tête de jeune homme en grisaille dont l’attribution a fait l’objet de longs débats : Michel- Ange en serait &endash; il l’auteur ? ou Peruzzi ? ...
La Galatée aurait été réalisée aux environs de 1513 par Raphaël qui reviendra par la suite travailler à la Farnesina pour la loggia de Psyché. C’est une ¦uvre très caractéristique du style de l’artiste, à savoir qu’elle traduit une influence classique extrême qu’enrichissent et qu’animent le mouvement, la fluidité et la vitalité contenus dans les formes comme dans les couleurs.
La loggia de Psyché

Loggia de Psyché, par
Raphaël et ses
élèves
(c) Instituto Poligraphico e zecca del
stato
Si les dessins sont de Raphaël, beaucoup n’ont pas été peints par lui mais par nombre de ses élèves ; c’est pourquoi la loggia présente des motifs de différentes qualités et souffre d’une absence générale du rythme et du relief voulus par Raphaël.
Celui- ci, en revanche, innove pour ce qui est des décorations florales et végétales de la loggia, cette dernière se voulant être la continuité des tonnelles du jardin extérieur.
Le thème de Psyché est au contraire issu de sources littéraires résolument classiques : sont peintes les aventures célestes de Psyché en butte à la jalousie de Vénus et en quête de son amour, Eros.
La dimension notamment statuaire des figures féminines n’est pas étrangère à l’influence de Michel Ange.
La conclusion des aventures de Psyché fournissent le sujet à deux fausses tapisseries : le Conseil et le Banquet des Dieux. Jugée par les Dieux, Psyché est enfin autorisée à aimer Eros et libérée des épreuves que lui infligeait sa terrible rivale , Vénus.
Le salon des perspectives

Salon des Perspectives (mur
d’entrée) : Vue d’un village du
Latium entre des colonnes en trompe
l’oeil, par B.Peruzzi.
(c) Instituto Poligraphico e zecca del
stato
Le nom de cette salle provient des décorations en fausse perspective que Peruzzi y réalisa au début du XVIème siècle. Si l’art de la perspective est effectivement à la mode à la Renaissance, Peruzzi lui donne une nouvelle dimension en concevant des espaces ouverts où sont projetés des paysages. Ceux- ci naissent pour la plupart de vues de quartiers de Rome ou de villages de la campagne environnante.
La salle des Noces d’Alexandre et de Roxane
Il s’agirait de la chambre d’Agostino Chigi dont la décoration s’articule principalement autour de trois peintures murales de l’artiste Bazzi dit Le Sodoma : Les Noces d’Alexandre et de Roxane ; Alexandre rendant hommage à la famille de Darius et Alexandre et Bucéphale.
Bien qu’il s’agisse encore une fois d’un sujet antique, cette ¦uvre du Sodoma est intéressante dans la mesure où elle exprime la rencontre entre son style, formé au nord de l’Italie et nourri de l’influence de Léonard, et celui, plus plastique, de l’école romaine.
Les protagonistes de la scène exhibent des corps dans la tradition résolument classique, en particulier les personnages masculins ( Alexandre, Ephestion...) tandis que la figure de Roxane trahit l’influence de Léonard : une transparence et une douceur de la peau qui apparaît aussi dans les visages des trois servantes, à gauche du lit.
On remarquera aussi comment le Sodoma se libère néanmoins de ces différentes influences dans la représentation des amours qui animent l’ensemble de la composition de leurs jeux et de leurs mouvements. Ce sont d’ailleurs toujours de semblables " putti " qui donnent toute sa valeur la Forge de Vulcain que Sodoma peint de part et d’autre de la cheminée.

Hexagone avec l’Enlèvement de
Ganymède par B.Peruzzi.
(c) Instituto Poligraphico e zecca del
stato
Au- dessus de celle-ci, la peinture de Alexandre rendant hommage à la famille de Darius témoigne au contraire des difficultés que Sodoma aura à se défaire de la rigueur d’un Classicisme formel auquel il n’adhère somme toute pas. Et l’académisme avec lequel il représente les motifs guerriers de cet épisode manque d’élan et d’harmonie.
Touristie consacre un autre article à Raphaël dont les nombreux lieux et monuments romains, telle la villa Farnesina, témoignent de son génie.
Attention : la villa Farnesina n’est ouverte à la visite que le matin, de 09h00 à 13h00 !
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