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Ragazzo con il canestro di frutta (1593-1594) -
Olio su tela ; 70 x 67 - Roma, Galleria
Borghese
Plus que son talent de peintre, en effet, les chroniques de l’époque n’évoquent le plus souvent que les méfaits de ce garçon querelleur, aux moeurs dissolues et qui se complait dans les bas- fonds de Rome ; Rome dont il sera banni pour meurtre...
Sa brève existence ne sera d’ailleurs qu’une fuite permanente : depuis Rome jusqu’à Malte, en passant par Naples. Aux épreuves de la prison, s’ajoutera celle de la maladie : il mourra , seul, sur une plage de Port’Ercole ...
Mais, si cette existence lui valut, au XIX ème siècle encore, une réputation de "peintre maudit" , "venu au monde pour détruire la peinture " dira Poussin, elle a sans nul doute fourni au Caravage son inspiration quotidienne et nourri la violence, la compassion, le sentiment d’incertitude qui transparaissent dans ses oeuvres, faisant de celles- ci l’expression la plus authentique du baroque dans sa dimension tragique et réaliste.
Dans un premier temps, en effet, la production picturale du Caravage peut se définir comme baroque en tant qu’art de la contre - réforme par lequel, en donnant une représentation populaire, "vulgaire" des épisodes bibliques, l’église entend réaffirmer son pouvoir auprès du petit peuple. Ainsi,de nombreuses oeuvres du Caravage ont été commanditées par des hommes d’église et ont pour thèmes des épisodes de la vie de saints. Cependant, par un soucis excessif de détails réalistes, par l’introduction d’un clair- obscur violent, la peinture du Caravage se donne comme la traduction de thèmes propres à l’âge baroque, au- delà des limites du domaine religieux : l’inquiétude de l’homme face à un univers qui se révèle immense, aux prises avec une réalité brutale et douloureuse ; l’effroi que suscite l’idée de la mort, la perspective du néant...

Né autour de 1573 à Caravaggio, bourg de Lombardie dont il tire son nom d’artiste, le jeune Michelangelo n’a laissé que de rares informations quant à la formation de ses premières années. D’ailleurs, il n’a pas vingt ans quand il arrive à Rome pour y commencer sa carrière, nouant des amitiés dangeureuses et se compromettant dans des rixes qui lui vaudront de nombreux démêlés avec la justice. Heureusement, la protection de quelques notables lui assure la commande d’oeuvres comme Le Sacrifice d’Isaac, et surtout la décoration de la chapelle de St Louis des Français qui comprend trois tableaux : La Vocation de St Mathieu ; Le Martyre de St Mathieu et St Mathieu écrivant.
A cette même période, le Caravage est déjà très éprouvé par la maladie : des fièvres ( la malaria ?) lui valent un long séjour dans un hospice, lequel lui inspira une des ses oeuvres parmi les plus émouvantes : le Petit Bacchus malade. Ce tableau est surtout représentatif de la fascination qu’exerce sur le Caravage la vulnérabilité de la chair, sa dimension mortelle, traduisant par là même son intérêt pour la forme en évolution permanente dans un univers pareillement instable, ainsi que le désigne le clair- obscur.
Ce dernier, en effet, dans sa brutalité, entend effacer le caractère miraculeux des épisodes bibliques représentés, soulignant au contraire la violence d’un évènenement qui est d’abord un conflit entre l’homme et la réalité, une rupture soudaine . Ainsi, dans la Conversion de St Paul, la lumière ne perce les ténèbres que pour mettre en évidence le cheval, lequel occupe d’ailleurs la quasi totalité de la toile, réduisant ainsi cet épisode de la révélation divine à une vulgaire anecdote : une chute de cheval...Et l’ambiguité se poursuit jusque dans les bras ouverts du saint tombé à terre : se rend- il à l’évidence de cet appel divin ou exprime t-il seulement son désarroi face à un monde dont la perception physique lui échappe ?

Ainsi, une semblable utilisation du clair- obscur va de pair avec la mise à l’épreuve permanente de l’homme confronté à un univers dont il ne connaît qu’une infîme partie, à une réalité violente qui l’altère dans sa chair : il en va ainsi du thème de la morsure qui est au coeur de quelques uns de ses portraits, tel le Jeune Garçon mordu par un lézard...
Le Caravage excelle surtout à représenter la mort en ce qu’elle touche à l’intégrité de la chair, en ce qu’elle corrompt la forme jusqu’à la rendre au néant. Le réalisme avec lequel il peindra les corps de saints mourants, les réduisant à l’état de cadavre proche de la décomposition et ignorant ainsi leur dimension céleste, sera source de scandale : La Mise au tombeau, La Mort de la Vierge.
A cette même époque, le Caravage est contraint de quitter Rome puisqu’accusé de meurtre. Sa fuite le conduit dans une autre cité parmi les plus actives de la péninsule : Naples. Il y laisse quelques unes de ses toiles les plus fameuses : La Madone du Rosaire et Les sept oeuvres de miséricorde.
Mais d’autres aventures le poussent à poursuivre son errance jusque sur l’île de Malte , dont l’ordre des chevaliers le fascine et dont il espère bien tirer quelque titre. Mais si il décroche l’honneur de faire le portrait du dirigeant de l’Ordre, Adolf de Wignacourt, son implication dans une sombre histoire de moeurs le mène une nouvelle fois en prison. Parvenant à s’évader presqu’aussitôt, il regagne la Sicile. Ses oeuvres, à ce moment- là, témoignent plus que jamais d’un réalisme poignant, où la ferveur transparaît sur les visages dignes d’humbles personnages issus du petit peuple, tels ceux des assistances de L’ ensevelissement de Sainte Lucie et La Résurrection de Saint lazare.
Suite à de nouveaux séjours à Messine et à Palerme, il embarque enfin en 1609 en vue de se rapprocher de Rome tandis que son état de santé ne cesse d’empirer, les fièvres ajoutées aux épreuves de la prison ayant eu raison de ses forces.
Il n’atteignit jamais Rome : attendant que le pape lui accorde la grâce qui lui permettrait de regagner la Cité Eternelle, il meurt, seul, sur une plage de Port’Ercole en 1610.

Des lieux et des ¦uvres :
De nombreuses ¦uvres du Caravage sont visibles en permanence, à Rome principalement :
- dans des galleries et musées :
Palazzo Barberini, Villa Borghese, Galleria
Doria Pamphili ...
- dans des églises : St Louis des
Français, Ste Marie du Peuple ...
Et ailleurs en Italie et dans le monde :
- à Naples : église Ste Marie
de la Miséricorde, ...
- en Sicile : au musée de Syracuse
...
- à Paris : au musée du Louvre ;
à Londres ; à NY ...
Plus d’infos :
"De l’ombre à la lumière", dossier consacré au Caravage
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